Europe

Vendredi 10 novembre 2006

L’Europe est devenue la patate chaude de tous les projets aux élections présidentielles. La question européenne plane au dessus du débat comme un spectre de la fracture entre les décideurs qui invoquent l’Europe comme horizon de la paix et de la prospérité et une part croissante de la population qui n’adhère pas au projet ou, plus souvent, à la méthode. Aujourd’hui l’Europe fait peur. Elle est devenue le grand sujet de résistance de la population au projet qu’ont pour elle les décideurs.   

Le sujet est pourtant central pour l’avenir de la France. Nous devons tous collectivement nous interroger sur l’Europe à construire et sur la place que doit prendre l’Europe dans la vie des citoyens. La question européenne doit être posée : Que faire de l’Europe ? Faut-il l’approfondir ? Faut-il passer outre l’avertissement du référendum sur le traité constitutionnel ? Faut-il accepter un mini traité ?  

Face au rejet massif du traité constitutionnel, de nombreuses personnalités proposent une version allégée, un mini traité. L’option du mini traité est elle viable ? Pour certains, elle pose un problème de trois ordres.  

- Il ne suffira pas à définir les règles de fonctionnement de l’Europe à 27. Les politiques communes (la partie III) seraient de niveau constitutionnel ;

- Il ne serait pas accepté par nos partenaires européens ; 

- Il constituerait un aveu de culpabilité vis-à-vis des adversaires de l’Europe, une sorte de service minimum.  

Pour autant, l’Europe doit sortir de l’impasse, de l’incompréhension et de la paralysie. Un projet européen devra respecter quelques grands principes :

- Il parait nécessaire de donner à l’Europe une constitution, un corpus de règles simples et explicites qui définissent les modalités de copropriété ; Aujourd’hui les traités européens restent gravement illisibles pour les citoyens. La prochaine constitution ne devra pas dépasser le chiffre symbolique de 100 pages. Elle dévra rassembler seulement les règles essentielles à l’Union, qui seront déclinées dans les traités. Donc, oui à un mini traité. 

- Il faut construire une Europe politique dans les domaines où l’Europe existe. L’Europe doit notamment exister dans le domaine économique. Elle constitue un levier puissant dans les négociations commerciales multilatérales. L’Europe devrait encore se rassembler dans certaines organisations multilatérales, par exemple au FMI. En revanche, le traité constitutionnel doit prendre acte qu’il existe aujourd’hui des peuples européens, plutôt qu’un peuple européen. S’il existe bien une conscience européenne, alimentée d’idéalisme, de gouvernance, de multilatéralisme, nous cherchons encore le vouloir vivre ensemble si nécessaire à la conscience politique. La musique juridique et technocratique devra respecter le rythme des peuples. L’Europe politique est une virtualité. Le traité constitutionnel devra créer les conditions de la diriger et de la rendre efficace, il devra aussi prendre acte des limites actuelles du sentiment européen.

- Les européens doivent se prononcer par la voie du référendum sur les grandes décisions de l’Union. Par exemple, la décision d’adhésion de la Bulgarie / Roumanie, ou de la Turquie sont du ressort des citoyens et non de la commission européenne et du conseil de l’Union Européenne.

Par Avenue de la République
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Vendredi 17 novembre 2006

L’Europe a des frontières. Elle n'est pas un espace extensible à l'infini. Elle est un espace à la fois géographique, culturel, intellectuel, politique, économique. Ses frontières sont celles, géographiques des pays de la péninsule occidentale de l’Asie. Ses frontières culturelles sont l’héritage d’une culture occidentale, démocratique. Son horizon est la construction d’un projet d’Etat de droit, de paix et de prospérité. Une autre de ses frontières est une identité occidentale, qui garantit la possibilité du vivre ensemble.

Lorsque l’Europe était composé des 6 pays fondateurs, personne ne doutait de leur appartenance à l’Europe dans toutes ses dimensions. Il en allait de même de l’Europe à 15. La pièce de théatre européenne offrait une unité de lieu, de culture, de valeurs, d’activité économique. Conformément au dessein des pères fondateurs, les européens pouvait se retrouver dans une communauté de destin. Du point de vue géographique, l’Europe était identifiée. Ils partageaient une même culture occidentale, démocratique, et humaniste. Ils partageaient le même entrain pour la prospérité économique ou le rattrapage économique. Héritiers de la même culture et d’évènements qui n’inspiraient que le besoin de reconciliation, les pays européens construisaient une nouvelle étape d’une civilisation commune.

Cet horizon est révolu. L’Europe envoie depuis 15 ans des signaux contradictoires. D’un côté, l’Europe devait gagner en compétences, dans le sens d’un approfondissement des compétences communes ; de l’autre côté, l’Europe devait intégrer de nouveaux Etats-membres dans les processus d’élargissement. Conduits simultanément et sans inscription dans un processus démocratique, ces deux projets ont conduits à la mise à terre de l’Europe ambitieuse qui était proposée dans le projet de traité constitutionnel. Au fur et à mesure de l’élargissement, l’Europe perd de sa clarté, la notion européenne perd de sa force d’évocation.  

La notion européenne s’est éloignée de la réalité géographique, culturelle, politique que vivent les européens. L’idée européenne est devenue abstraite. En abaissant une à une les frontières géographique et culturelle de l’Europe, en reculant les frontières du possible, l’Europe est devenue inintelligible.

La question se pose en particulier à propos de l’adhésion de la Turquie. Si elle avait lieu, l’adhésion de la Turquie serait un phénomène géopolitique exceptionnel, faisant basculer 70 millions de turcs dans la sphère occidentale. Les enjeux sont en effet considérables. Le bilan de ce mouvement géopolitique ne sera pas un jeu à somme nulle. Les conséquences doivent en être pesées pour l’Europe.

L’intégration de la Turquie présente des avantages significatifs : une position géopolitique unique aux confins de l’Europe, de l’Asie et du Moyen Orient, au cœur de l’Eurasie ; une avancée de l’Etat de droit un peu plus loin vers le levant ; un marché de près de 70 millions d’habitants. Repousser les frontières de l’Europe, c’est repousser les frontières de la paix et de la prospérité. 

 

Il existe donc des motifs économiques et géopolitiques qui plaident pour l’entrée de la Turquie en Europe. Cependant, que pèsent-ils par rapport aux facteurs culturels et civilisationnels ? Probablement peu dans l’esprit des européens. L’intégration de la Turquie présente autant de risques, de facteurs de destabilisation, de motifs de refus de l’Europe. L’entrée de la Turquie signifie de façon hyperbolique, la fin de l’unité, le déni de l’identité européenne. Dans l’ordre du choix politique, les Français et les européens reprocheront à l’Europe une addition de culture avec laquelle ils ne s’identifient pas.

L’Europe, toute idéaliste qu’elle est, doit faire un pas vers les peuples. L’horizon du projet européen doit prendre en compte une identité européenne. C’est sa seule chance de salut. Le pragmatisme la sauvera du retour des nations et de l’impuissance.

Par Avenue de la République
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