Politique

Jeudi 9 novembre 2006

Le débat d'idée est une composante essentielle des facteurs de succès de la droite en 2007. Or, de nombreux militants font remarquer que l'UMP devient une forteresse idolâtre. Animée par un culte de la personne exclusif, le parti de Nicolas Sarkozy montre sa difficulté à souffrir la contradiction et le débat.

La méthode politique mise en œuvre est celle du verrouillage. Tout ce qui n’est pas dans la ligne présidentielle doit exercer son talent à l’extérieur du parti. Créer une machine à gagner est louable mais créer une machine à révérer est profondément stérile.

Sur le fond, le débat d'idée dont a besoin la France s'encalmine dans le prêt à penser de l'idéologie de la rupture. La rupture, comme marque de fabrique, devient un programme en soi.

Au contraire, quelque soit le diagnostic que l'on peut poser sur la France, l'heure est à transition, à la modernisation, au renouvellement. Sur le plan de la méthode, la France a besoin d’une évolution dans la continuité, d’avancer, à marche forcée, sur le chemin des réformes. Sur le plan du contenu politique, la France a besoin d'une vision enracinée dans le vécu français et animée par l'intérêt général. La satisfaction des intérêts particuliers ne doit pas devenir un programme de gouvernement.

Les socialistes donnent en ce moment une leçon de méthode. Les débats entre candidats à l’investiture nourrissent le débat. Dans ces confrontations, les idées originales émergent. Elles aident à définir l’identité socialiste des prochaines années, à coller aux aspirations des militants. A l’observer, le projet socialiste s’enrichit de sa diversité. Ces débats doivent constituer un exemple pour la droite. Il est urgent à droite, de faire entendre la voix gaulliste pour qu’elle trace son sillon. 

 

Voici un extrait d'un blog militant qui résume bien la méthode en vigueur à l'UMP :

"Et je ne suis pas chiraquien, plutôt libéral, donc a priori plutôt sarkozyste si seulement Sarkozy se montrait aussi libéral sur le plan des méthodes que sur le plan des idées économiques. Pour le moment, sur le plan des méthodes, on voit trop de ressemblances avec les républiques bananières. Cf les histoires des Jeunes Populaires. Après on voit Devedjian s'étonner sur son blog : "pourquoi tant de haine contre Sarkozy ?" La réponse est à chercher dans les méthodes de Sarkozy. La solution est entre ses mains, il n'a qu'à changer d'attitude, et moins chercher à verrouiller. Plus il verrouillera, plus l'élection lui échappera. Ces histoires de vote électronique à la transparence douteuse ne vont pas dans le sens de ce qu'attendent les électeurs, en dehors du fan club de Sarko et des partisans excités des régimes autoritaires, qui ne représenteront jamais 51% des voix au second tour. Que Sarko n'oublie pas qu'il lui faut 51% d'électeurs, et pas 49% d'adulateurs, au soir du second tour".

Par Avenue de la République
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Jeudi 9 novembre 2006

Ci-joint le discours intégral de Jacques Chirac prononcé à l'occasion du 36e anniversaire de la mort du général de Gaulle.

Ce discours est une bouffée d'oxygène dans le débat politique. Il nous replonge dans l'histoire exemplaire du général de Gaulle marquée par le courage, la ténacité, le sens de la nation. Il nous rappelle d'où est issue la France d'aujourd'hui. Il invite les uns et les autres à exercer ses responsabilités de citoyen.

Le gaullisme doit être revisité, rénové, modernisé. La France d'aujourd'hui n'est pas la France de 1958. Elle doit s'inscrire dans la mondialisation, dans la compétition économique, dans la démocratie participative, dans le concert international, dans la lutte contre le terrorisme. Pour autant, les enseignements du gaullisme restent d'actualité, le mythe demeure.

 

Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne), le jeudi 9 novembre 2006.

 Amiral,
Chère Madame de Boissieu,
Messieurs les Premiers ministres,
Monsieur le président du Sénat,
Monsieur le président de l'Assemblée nationale,
Mesdames et messieurs les ministres,
Monsieur le président du Conseil constitutionnel,
Monsieur le président de la Fondation Charles-de-Gaulle, Cher Yves Guéna,
Monsieur le président du Conseil régional,
Monsieur le président du Conseil général de la Haute-Marne, Cher Bruno Sido,
Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et messieurs les parlementaires et les élus,
Mesdames et messieurs,

 

Plus le temps passe, plus la figure du Général de GAULLE grandit. Il domine notre histoire. Il a incarné la France dans ce qu'elle a de meilleur. Son message moral et politique -et en cela surtout il est unique- nous offre la plupart des clés de notre avenir.

 

Aujourd'hui, à l'heure où nous posons la première pierre du Mémorial Charles de GAULLE, je voudrais évoquer d'abord l'homme. 

 

Un combattant, un visionnaire, un héros parmi les plus grands de notre histoire. Un homme animé d'un infini courage. Le capitaine intrépide de la Première Guerre mondiale. L'officier supérieur qui n'hésite pas, tout au long des années Trente, à s'opposer à la doctrine militaire inadaptée de ses supérieurs. Seul ou presque seul, fort de son immense culture, armé d'une connaissance historique hors du commun, il a compris que le monde a changé, et la guerre avec lui. Face aux chars, face à l'aviation, c'est toute la stratégie défensive de l'état-major qui est tragiquement obsolète.

 

Mais la France a placé sa confiance dans les vieilles gloires de la guerre précédente, notamment le maréchal PÉTAIN, son ancien colonel, qu'il connaît bien. Il se croit à l'abri, derrière la protection illusoire de la Ligne Maginot. Et lorsque les armées nazies déferlent sur le pays saisi de stupeur, de GAULLE voit ce qui reste du pouvoir tourner à vide, dans une immense confusion. Les faits lui donnent dramatiquement raison. Mais pour l'heure, il n'a qu'une idée : combattre.

 

Car le courage du Général de GAULLE, c'est aussi celui d'un grand soldat : en mai 1940, à la tête d'une division blindée constituée à la hâte, il dirige vers Montcornet l'une des seules contre-attaques qui parvienne à repousser les troupes allemandes. À la fin du mois, à la hauteur d'Abbeville, il fait des centaines de prisonniers. En prouvant que l'ennemi n'est pas invincible, il sauve l'honneur de l'armée.

 

Mais très vite, il comprend que c'est sur le terrain politique qu'il faut désormais se battre. Appelé au gouvernement par Paul REYNAUD, il s'efforce de lutter contre le défaitisme qui ronge l'État de l'intérieur. En vain.

 

Dans le pire effondrement de notre histoire, il prend alors une décision qui change le destin de la France. Le 16 juin 1940, le maréchal PÉTAIN a formé un nouveau gouvernement. Il entraîne la France dans le choix funeste et déshonorant de l'armistice.

 

Quelle grandeur il faut au Général de GAULLE pour prendre aussitôt l'avion pour Londres, survolant la ville où sa mère se meurt, sans nouvelles de sa femme et de ses enfants ! Seul, pour assumer la France.

 

Quel courage, quelle grandeur il lui faut, après une nuit qu'on imagine sans sommeil, écrivant, raturant, réécrivant, pesant chacun de ses mots, pour lancer l'Appel du 18 juin ! Seul encore, il porte la continuité et les valeurs de la France, abandonnée par ses élites. Il incarne déjà l'espoir d'un peuple jeté sur les routes et bouleversé par la défaite. Tout n'est pas perdu. Le pays peut poursuivre le combat à partir de son Empire. Cette guerre sera une guerre mondiale, un choc frontal entre les démocraties et le totalitarisme nazi. Tôt ou tard, la victoire basculera dans le camp de la liberté.

 

Quel courage il lui faut, alors que le gouvernement de Vichy l'a condamné à mort, quelle humanité, au sens le plus noble du terme, pour poursuivre le combat après l'échec de Dakar ! Quelle grandeur, lui qui n'est presque rien, pour regarder droit dans les yeux CHURCHILL, pour tenir tête à ROOSEVELT, qui lui préfère le général GIRAUD ! Ce courage, il le puise dans l'idée qu'il se fait de la France, et dans sa foi dans les valeurs de la République. Alors que Vichy, servile, livre les juifs à leurs bourreaux, de GAULLE ne veut connaître que deux catégories de Français : ceux qui font leur devoir, et ceux qui ne le font pas.

 

Grâce à lui, la France est dans le camp des vainqueurs. Il charge Jean MOULIN d'unifier la Résistance. En 1942, les Français Libres se couvrent de gloire à Bir Hakeim. Le 6 juin 1944, les hommes du commandant KIEFFER débarquent en Normandie. En août, Paris est libérée par les Parisiens et la division LECLERC. Aux côtés des Alliés, des Français participent à la délivrance du pays jusqu'à Strasbourg, accomplissant ainsi le serment fait à Koufra, avant de marcher sur Berlin.

 

Dans Paris libéré, les Champs-Élysées, envahis par une foule immense, s'ouvrent devant lui comme une mer. Il refait autour de sa personne l'unité de la France déchirée. Et lorsqu'on lui demande de proclamer la République, il répond qu'elle n'a jamais cessé d'être : la France Libre, la France Combattante, le Comité français de la libération nationale, l'ont tour à tour incarnée face à Vichy.

 

Mesurons aussi que bien peu d'hommes ont eu deux fois rendez-vous avec l'histoire. En 1946, voyant que la classe politique se refusait à la réforme des institutions qui s'impose, il n'hésite pas à se retirer. Mais, pendant ces années de solitude, il ne désarme pas. Il écrit ses Mémoires, non pas à sa gloire, mais comme un message de volonté et d'action adressé à tous les Français. Surtout, il refuse de voir le pays s'enfoncer dans le désordre institutionnel, la nation se déchirer dans des convulsions de la guerre d'Algérie. Il ne se dérobera pas quand, en 1958, il faudra restaurer l'autorité de l'État pour remettre la France en marche. Par deux fois, de GAULLE aura sauvé la France et la République.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Je veux aussi, aujourd'hui, rendre hommage au bâtisseur et au visionnaire. La France est forte quand elle est fidèle à son identité, quand elle se fixe les ambitions les plus élevées. Pour le Général de GAULLE, ce n'est pas une conviction abstraite, c'est une conviction qui s'inscrit dans une vision de la France et du monde, une vision d'une profonde lucidité.

 

Il connaît la France, son aspiration à la grandeur, mais aussi sa tentation permanente de la division et de l'affrontement. Pour lui, l'exigence première de l'action politique, c'est la cohésion nationale. À la Libération, il fait entrer la France dans la modernité en accordant le droit de vote aux femmes. Il met en place la Sécurité sociale pour faire disparaître l'angoisse que la maladie, l'accident, la vieillesse, le chômage faisaient peser sur les Français. Cette protection collective fait partie, maintenant, grâce à lui, de notre identité nationale. C'est cette exigence qui nous conduit à améliorer sans cesse notre modèle de solidarité au service de tous les Français.

Le Général de GAULLE est animé par la conviction que les modèles poussés à l'extrême, qu'il s'agisse du communisme, ou du libéralisme économique débridé, ne sont pas faits pour notre pays. Il sait qu'il faut créer les conditions d'une adhésion des travailleurs à l'économie de marché : c'est le choix de la participation, dont chacun mesure l'extraordinaire actualité et dont le gouvernement fait aujourd'hui l'une des priorités de son action.

 

Il sait aussi que l'effondrement de l'État est au cœur du drame de 1940 et des journées de Mai 1958. Il faut à la France des institutions fortes et stables. Tout émane du peuple : le Président de la République doit être élu au suffrage universel. C'est la clé de voûte des institutions de la Cinquième République. Elle a donné à la France ce qui lui manquait depuis des décennies : une exceptionnelle solidité institutionnelle, une remarquable capacité d'adaptation. Depuis 1958, notre Constitution nous a permis de surmonter toutes les crises, d'affronter toutes les situations politiques.

 

À ceux qui aujourd'hui, par ignorance ou par calcul, voudraient ébranler cet édifice, je dis : mesurez toute l'irresponsabilité qu'il y aurait à brader ce qu'il y a de plus solide dans nos institutions.

 

Jamais la Constitution de la Cinquième République ne fut un obstacle à la modernisation de la France : depuis 1958, c'est elle qui la rend possible, face aux conservatismes et face aux extrémismes.

 

Le Général de GAULLE sait aussi qu'à tout moment, en France, de nouvelles Lignes Maginot peuvent s'édifier. Il a voulu que la France prenne résolument la voie du progrès. Après avoir sorti le pays de l'impasse algérienne, il sait que la France doit se porter aux avant-postes du monde nouveau. À l'ère industrielle, elle doit être industrielle. À l'ère de la compétition, elle doit être compétitive. À l'ère de la science, elle doit être à la pointe de la recherche.

 

Plus que jamais, cette ambition qui fut la sienne et dont nous avons hérité, est une exigence pour la France. Face aux évolutions du monde, face à une compétition exacerbée entre les nations, c'est dans cet esprit que j'ai souhaité que la France se donne une politique de recherche et d'innovation, une politique industrielle à la hauteur des défis qui doivent être relevés.

 

Et puis, le Général de GAULLE nous a laissé ce message, comme un repère fondamental : la France se doit de s'affirmer face aux bouleversements du monde. La France a une singularité. La France a un message : face à ce que nous appelons aujourd'hui la mondialisation, elle doit porter haut les valeurs universelles sur lesquelles elle s'est construite. Pour cela, elle doit avoir les moyens de sa propre sécurité et de son indépendance : c'est tout le sens du choix qu'a fait le Général de Gaulle de la dissuasion nucléaire. C'est dans cet esprit que j'ai placée cette dissuasion nucléaire avec la professionnalisation de nos armées, au cœur de la modernisation permanente de notre politique de défense.

 

Le Général de GAULLE, c'est aussi le refus d'un univers dominé par la confrontation des blocs. L'écho puissant de sa voix, à Moscou, à Phnom Penh, à Mexico, résonne dans nos mémoires. C'est dans le prolongement de cette conception que j'ai voulu construire la réponse de la France à la mondialisation : la recherche d'une gouvernance mondiale fondée sur des valeurs partagées, au premier rang desquelles le caractère sacré de la dignité humaine, qui ne saurait tolérer aucune exception ; le respect des peuples, indépendants et souverains ; le refus de l'usage unilatéral de la force dans un monde qui doit être régi par le droit et par la solidarité ; la diversité conçue comme une richesse ; le refus du choc des civilisations et la nécessité du dialogue des cultures.

 

Enfin, le Général de GAULLE a fait de l'Europe l'arme de la paix et la réponse au développement sans précédent de l'économie mondiale. Avec le chancelier Konrad ADENAUER, dont je voudrais saluer amicalement ici le petit fils, en tournant définitivement la page des guerres fratricides, il a inversé le cours de l'histoire et jeté les bases de la construction européenne. Ensemble, le Chancelier et lui-même ont fait de l'Europe de l'agriculture, des grands projets, de l'innovation, le fer de lance de cette construction. À l'heure où nous travaillons à une relance de l'idée européenne, dans un monde marqué par l'émergence de nouveaux géants, cette vision nous montre la voie. Car l'avenir de la France est dans une Europe ambitieuse et indépendante, une Europe qui assure à tous ses habitants la paix, la démocratie et le progrès auxquels, à juste titre, ils aspirent.

 

Mes chers amis,

 

C'est avec une profonde émotion que je rends l'hommage de la nation au Général de GAULLE. Nul ne pourrait dire ce que ferait aujourd'hui le Général de Gaulle. Mais chacun peut être sûr qu'il aurait la volonté d'adapter la France aux réalités contemporaines. Son message nous éclaire, son message nous engage. Toujours, nous devons aller de l'avant. Oui, la France est grande quand elle affirme son identité et qu'elle est rassemblée ! Oui, la France se doit d'être au premier rang des évolutions du monde ! Oui, la France est animée d'une exigence particulière : faire rayonner, chez elle comme partout ailleurs, les valeurs qui sont les siennes, des valeurs qui sont celles d'un monde de progrès, de justice et de paix.

 

Vive la République, et vive la France ! 
 

Par Avenue de la République
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Mardi 14 novembre 2006

Le général de Gaulle était un homme de rupture. Il l’a montré dans le champ des institutions avec la constitution du 4 octobre 1958. Elle bouleversait l’équilibre des pouvoirs des IIIe et IVe républiques, en introduisant la primauté du pouvoir exécutif sur un pouvoir législatif enchassé dans le principe majoritaire, dans les procédures du parlementarisme rationnalisé et aux compétences élaguées. L’élection du président de la République au suffrage universel constituait une transgression majeure du dogme républicain et des décennies de pratiques politiques. Alors que personne n’osait plus dissoudre la chambre basse, et qu’on favorisait la représentation du peuple et la démocratie indirecte, la Ve République revalorisait le pouvoir présidentiel qui tirait toute sa légitimité de l’élection au suffrage universel.  

 

Le général de Gaulle portait donc la rupture avec force. Cela signifie-t-il pour autant qu’il faille engager la rupture aujourd’hui ? La rupture doit-elle constituer aujourd’hui un programme d’action ?  

Nous souhaitons montrer que si le Général de Gaulle avait su porter la rupture, la rupture n’a de valeur que si elle est portée à bon escient, si elle est constitue le remède adéquat à un mal identifié avec justesse. Dans le contexte actuel, la rupture ne doit pas être invoquée comme solution à tous les défis.

La rupture ne peut naitre et avoir une utilité que dans un contexte d’échecs, d’impuissance, d’incurie. On ne peut souhaiter la rupture, que si un consensus se forme sur le fait que l’existant ne peut perdurer et que le changement devient une nécessité. 

On pouvait effectivement observer cette ardente nécessité à la fin des années 1950. Entre la fin des années 1950 et des années 1960, la puissance française basculait d’une position dominante et impériale dans une position de puissance moyenne. La République affrontait les volontés d’indépendance et perdait dans la douleur ces positions coloniales. Les institutions n’offraient en réponse au contexte troublé de l’époque que l’instabilité et l’impuissance. L’ordre de la IVe république ne chassait pas le désordre. Les institutions ne parvenaient plus à relever les défis de la France. La rupture devait être formalisée et engagée. Le général de Gaulle avait su porter la rupture lorsque la France en avait le besoin vital de se regénérer.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Peut-on identifier une ardente nécessité de bouleversement, de révolution dans l’actualité française et européenne ? Les institutions sont elles à bout de souffle ?

D’une part, la situation socio économique confirme des tendances : un marché du travail tendu, des inégalités qui ne se résorbent pas, une compétitition accrue entre grands ensembles géopolitiques. Pour répondre à ces défis, la France doit se réformer en permanence, avancer sur le sentier de la croissance, de la modernité. Le marché du travail doit être fluidifié, le climat des affaires doit être amélioré pour encourager l’activité des entreprises. Certes aussi, la démocratie doit devenir plus participative, l’administration plus performante. Pour autant doit-on parler de rupture ? Il apparaît présomptueux de penser que des décisions de rupture pourront accélerer les tendances positives et contenir les tendances négatives. D’une part, les processus de réforme sont complexes et longs. C’est par exemple le cas de la modernisation des services publics, de la gestion adminstrative. D’autre part, la réforme nécessite - et tout le monde le sait- l’adhésion des acteurs, la participation du plus grand nombre. Est-ce seulement réaliste de proposer au corps social la rupture, la cassure ? Croit-on réellement qu’il se soumettra sans résistance aux contorsions qui lui seront demandées ? Nous ne le croyons pas ; c’est la question du réalisme de la méthode.

Du point de vue des institutions, le contexte évolue rapidement. La constitution est régulièrement révisée, et amendée pour accompagner l’ouverture européenne, la décentralisation, les défis mondiaux tels que le changement climatique, le rythme de la démocratie. On pourrait la croire inadaptée. Pour autant, l’équilibre actuel des institutions reste le meilleur pilier de la stabilité et de l’efficacité démocratique. Le président de la République est un arbitre au dessus des partis. Il a pour fonction de garantir l’intérêt du pays, au-delà des intérêts particuliers. La figure d’un tel personnage est central dans l’équilibre démocratique pour en garantir la légitimité, l’efficacité et l’efficience, autant que l’équilibre entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Dès lors, les institutions ne doivent pas, à notre sens, faire l’objet d’une rupture. Rien ne la commande, tout nous en dissuade.

La rupture ne doit donc pas être une posture qui serve à signifier emphatiquement une propension au changement. Le changement raisonné, calculé, partagé est nécessaire. Pour autant, la France ne court pas un tel péril, les politiques publiques des dernières années n’ont pas mis autant les fondamentaux du pays en danger, que la rupture soit une ardente nécessité. Les fondamentaux sont bons. Conservons cette option pour les véritables temps d’incurie. 

Par Avenue de la République
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Lundi 20 novembre 2006

Le projet UMP est complet, charpenté, dense. On peut saluer l'UMP pour son élaboration, pour laquelle elle a mis en place un processus cohérent de réflexion, au travers de colloques et de conventions.

Sur le fond, il apparait comme une bonne base de travail. De nombreuses propositions sont susceptibles de fertiliser l'activité économique. Nous approuvons la place faite au mérite et au travail individuel dans le projet de l'UMP.

Cependant, nous pensons qu'il ne sera pas suffisant pour créer les conditions de la victoire en 2007. Au delà de ce projet, la droite doit se rassembler autour de deux exigences : 

1. Le projet devra être porté par un homme ou une femme de rassemblement. On peut constater que la présentation du projet a été largement éclipsée par le vote des primaires socialistes. Certes la date était mal choisie. Ce jour là, les français s'intéressaient à Ségolène Royal.  Plus généralement, les français s'intéressent davantage à l'homme ou la femme qui les représentera qu'au projet proprement dit. Une élection présidentielle est bien une rencontre entre un homme ou une femme et le peuple. Les socialistes ont trouvé leur porte drapeau. Désormais, c'est à nous, à l'UMP, de trouver l'homme ou la femme qui portera ce projet. Celui-là ou celle-là devra être populaire, rassembleur et visionnaire. 

2. Le projet devra respirer l’intérêt général. Au-delà de la défense de l’intérêt individuel, il devra articuler un véritable projet pour la France et l'Europe. Nous ne devons pas nous enfermer dans un projet individualiste qui véhicule le message du chacun pour soi, et personne pour tous. Au contraire, nous attendons du projet de la droite qu'il façonne le devenir collectif, qu'il parle de la société, du pays. A terme, il devra garantir le rôle de l'Etat au service de la collectivité : "Chacun pour soi, et l'Etat pour tous".  

Aussi, l'homme ou la femme qui représentera la droite devra apporter un avenant essentiel au projet actuel. Ouvrons le maintenant sur la société, prenons en compte les besoins sociaux, faisons en un outil de rassemblement. 

Le projet législatif de l'UMP peut être consulté à l'adresse : http://viphttp.yacast.net/ump/vote-projet-legislatif.htm 

Par Avenue de la République
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Mercredi 22 novembre 2006

LEMONDE.FR | 22.11.06 | 13h15 

Pour les blogueurs de l'UMP, Nicolas Sarkozy est déjà le candidat du parti

Petit extrait : "Nicolas Sarkozy n'est pas seulement le favori des sympathisants UMP pour l'investiture à la présidentielle. A l'image de sa domination sur l'appareil de l'UMP, le ministre de l'intérieur est déjà le candidat des blogueurs de son parti. Dans l'annuaire des blogs UMP, une recherche "Sarkozy" donne plus de 80 résultats, alors que les requêtes "Alliot-Marie" et "Villepin" n'en donnent que deux pour chacun d'entre eux."

Il existe visiblement un très grand nombre de blogs pro Villepin encore non référencés par l'UMP. Je propose donc à tous les bloggeurs qui se reconnaissent dans ce courant de s'inscrire sur le site de l'UMP.

Vous pouvez vous signaler à l'adresse suivante : http://www.ump-blogs.com/signaler.php

Par Avenue de la République
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Jeudi 30 novembre 2006

L'adhésion du plus grand nombre reposera sur la capacité du candidat de la droite à endosser l'habit présidentiel. La fonction de président de la République appelle pour celui qui la brigue quatre devoirs : 

1/ Le devoir de rassemblement. Dans le régime institutionnel de la Ve République, le Président trace les grandes lignes, arbitre, représente la France, et contrôle l'action du gouvernement. Le Président de la République est élu au suffrage universel. Par son élection par le peuple, il lui incombe un devoir de rassemblement, afin que toutes les actégories sociales se retrouvent dans son action.

2/ Le devoir de proximité. Le Président de la République doit connaitre la France. L'élection est la rencontre d'un homme et d'un peuple : pour que la rencontre soit effective, le candidat qui aspire à la présidence doit cultiver une exceptionnelle proximité avec les Français.

3/ Le devoir de représentation. Il se trouve que 60% des missions du Président de la République, relèvent de la représentation. Pour remplir correctement cette mission, le candidat doit en avoir autant la stature que la culture.

4/ Le devoir d'incarner l'intérêt général. Le Président de la République doit être en capacité de transcender les problèmes et les enjeux.  Il ne doit pas être le représentant d'intérêts particuliers. Il doit avoir le langage de l'intérêt général, en cultiver l'exigence. Aujourd'hui un présidentiable doit indéniablement chercher la transcendance, pour donner du sens à la France. 

Le meilleur candidat de la droite sera donc celui qui rassemble, qui est proche des Français, qui incarne l'intérêt général et qui sait représenter la France. Peu d'homme ou femme sont en mesure de répondre à ces exigences, qui sont pourtant fondamentales pour entrainer l'adhésion du plus grand nombre.

Aujourd'hui, on peut se demander si l'UMP et son Président sont en mesure de porter la droite à une victoire qui respecte notre identité et notre vision de la France. A notre sens, la morale de l'UMP fondée sur les piliers "Travail, Mérite, Récompense, Effort", ne suffit pas à fonder un programme et une adhésion.

Nous pensons que seul un candidat gaulliste pourra répondre à ces exigences. Seul un gaulliste pourra entretenir une relation particulière avec les Français. Seul un candidat gaulliste saura imprimer son programme du sceau de l'intérêt général.
Par Avenue de la République
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Mercredi 6 décembre 2006

Le troisième colloque du Club Réforme et Modernité aura lieu le mercredi 20 décembre à 19 heures à l'Assemblée Nationale.

Le thème de cette rencontre: "Risque, Responsabilité et Sécurité" 

Dés que le "plateau" sera définitif et la salle exacte connue, les invitations seront envoyées aux adresse e-mails de l’ensemble du fichier de Réforme et Modernité. Vers 21h30 un pot de l’amitié clôturera cette réunion.

Merci à tous de bien vouloir réserver votre soirée, d’en avertir le maximum de monde autour de vous, et de faire parvenir la confirmation de votre présence sur l'adresse mail du Club : reformeetmodernite@orange.fr

Par Avenue de la République
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Vendredi 5 janvier 2007

A mon avis, ON NE PEUT PAS fonder un raisonnement POLITIQUE sur le nombre d'euros qu'on donne chaque année à la collectivité. Ca ne devrait pas être un motif de passer à droite. La question politique ne peut pas être réduite à une question d'impôt. 

Le raisonnement politique se doit d'être beaucoup plus large. Le vote sera déterminé par l'idée du rapport de l'individu à la collectivité, l'idée de la façon de gouverner l'économie, le rapport de l'individu à l'autorité, le rapport des individus entre eux, le rapport de son pays aux autres nations.

Tout ça se traduit par des lignes de clivage qui sont très nombreuses : les libertés individuelles, la famille, l'autorité, la liberté d'entreprise, la solidarité, la représentation démocratique (ou pas), la protection sociale, les impôts, la solidarité internationale, etc... La question des impôts est un détail de la question politique.

 

 

Et puis, l'impôt est il foncièrement mauvais ? Est-ce qu'il n'est pas sain qu'une partie de l'argent des individus aille directement là où il y en a besoin : vers les plus pauvres. Pour cela l'impôt doit obéir à deux conditions : que le montant de l'impôt soit raisonnable et supportable par le contribuable; et que le résultat de l'impôt soit l'objet d'une bonne gestion publique : d'un suivi, d'une évaluation, d'un contrôle, etc., que les pouvoirs publics donnent une vraie utilité à l'argent public.

 

Personnellement, je ne donne pas aux associations caritatives. Souvent pour trois raisons : parce que je ne veux pas priviliger un malheur par rapport à un autre, parce que je ne veux pas répondre au racolage des associations humanitaires, et parce que je n'ai pas confiance dans leur travail. Eh bien je suis très heureux que l'Etat fasse ce travail là, parce qu'il est le plus habilité à le faire. Ca fait partie de ses missions de base : qu'il s'occupe des SDF, des femmes divorcées avec enfants, de l'ouvrier de Roubaix qui a perdu son job etc. Si mes impôts peuvent servir à ça, j'en suis heureux. C'est la solidarité de base ! 

 

Je crois à la vertu d'un Etat qui redistributeur. 

Par Avenue de la République
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Vendredi 12 janvier 2007

Voici l'interview donné par Dominique de Villepin le 12 janvier 2007 au journal Les Echos.

Il vous reste quatre mois à Matignon. Que comptez-vous faire ? Nous achevons le premier quinquennat de la Ve République. Nous devons travailler jusqu'au bout. C'est indispensable. Dans cette période d'accélération de la mondialisation, nous devons saisir toutes les occasions pour adapter notre pays et mener les réformes nécessaires. La France a tout à y gagner.

Ne risquez-vous pas de bloquer les députés au Parlement et de les gêner dans leur campagne électorale ? Nous avons pris des dispositions pour que ce ne soit pas le cas. Je comprends parfaitement les contraintes des députés : la session parlementaire s'achève fin février pour leur laisser le temps de faire campagne.

Au risque d'énerver Nicolas Sarkozy, vous répétez que le débat doit s'enrichir et que l'attente des électeurs n'est pas encore satisfaite. Sur quels enjeux la campagne présidentielle doit-elle porter ? J'ai l'ambition de faire gagner notre famille politique. C'est pour cela que je me bats. C'est pour cela que je fais des propositions. Le grand défi, aujourd'hui, ce sont les difficultés que rencontrent certains Français dans leur vie quotidienne, leur crainte de déclassement : on le voit sur la question du logement. Quelle est la bonne réponse ? Certainement pas l'augmentation des impôts et l'assistance à tout va que propose la gauche.

N'est-ce pas ce que vous avez fait avec les Don Quichotte ? Pas du tout ! Notre politique du logement représente, depuis quatre ans, un effort sans précédent. Nous n'avons pas brandi une baguette magique : si nous avons pu annoncer des mesures fortes, en particulier le droit opposable au logement, c'est grâce à la dynamique de mises en chantier et de constructions engagée par Jean-Louis Borloo depuis des années. La réponse compassionnelle ne suffit pas. Il faut aller plus loin, définir une vision à cinq ans. La France est confrontée à deux défis majeurs immédiats et à deux défis de plus long terme.

C'est-à-dire ? Il faut d'abord améliorer la compétitivité de nos entreprises. En France, seules 10.000 entreprises sur 2,6 millions ont de vraies stratégies d'exportation : pour rattraper notre retard, il en faut trois fois plus dans cinq ans. L'Etat doit être le fer de lance de l'innovation dans des secteurs comme ceux de la santé, de l'équipement médical, des biotechnologies. Le rapprochement des entreprises avec les centres de recherche, les universités et les grandes écoles doit être poursuivi sur le modèle des pôles de compétitivité. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi un environnement fiscal et administratif plus simple et plus stable. Le président de la République a pris l'exemple de l'impôt sur les sociétés dont le taux devrait passer de 33 % à 20 % au cours des cinq prochaines années. Ce serait une très bonne chose. Par ailleurs, une soixantaine de taxes pèsent aujourd'hui sur les entreprises, il faut diviser leur nombre par deux d'ici à cinq ans.

Il y a un an, vous disiez que la priorité devait être de rétablir l'équilibre des finances publiques, en arrêtant les baisses d'impôts. Vous avez changé de priorité ? Je dis simplement que redonner du dynamisme à nos entreprises permettra de créer de la richesse, donc de la recette fiscale, qui compensera le coût de la baisse de l'impôt sur les sociétés. Il y a un équilibre à trouver. La richesse des entreprises fait la richesse des Français et de l'Etat, ne l'oublions pas.

Je voudrais en venir au deuxième défi majeur, l'emploi. En juin 2007, le chômage sera retombé à 8,2 %, son plus bas niveau depuis un quart de siècle. La prochaine frontière d'ici à cinq ans, ce sont les 6 %. Nous n'y arriverons pas sans de nouvelles initiatives. Je vois plusieurs pistes. La première, c'est la fusion entre l'ANPE et l'Unedic proposée par le président de la République. Nous l'avons rendue possible en rapprochant les guichets et les personnels. La deuxième piste, c'est une flexi-sécurité à la française, sur le modèle du contrat nouvelles embauches. Peut-on améliorer le CNE, qui a permis de créer des milliers d'emplois ? Peut-on l'élargir ? Je le crois, dans une large concertation avec les partenaires sociaux. La réponse au chômage est dans le pragmatisme, pas dans l'idéologie. La troisième réforme à engager est celle des allocations chômage. Elles doivent être plus justes : peut-on accepter que près de deux jeunes chômeurs sur trois ne soient pas indemnisés ? Que beaucoup de femmes en situation de précarité en soient écartées ? Non. Mais les allocations doivent aussi être plus incitatives à la reprise d'un travail, ce qui suppose un meilleur plafonnement et un meilleur contrôle. Je souhaite enfin que nous cassions la dualité du marché du travail. Car que voyons-nous ? D'un côté, des emplois stables, bien rémunérés, qualifiés. Et, de l'autre, des emplois instables, mal rémunérés, peu qualifiés. La clef pour sortir de cette situation, c'est la formation. Je propose une année de formation gratuite pour ceux qui ont une faible qualification.

Faut-il accorder une allocation autonomie aux jeunes défavorisés, comme vient de le préconiser le Centre d'analyse stratégique ? Le Centre propose deux choses : une dotation dès le plus jeune âge pour les jeunes les plus défavorisés, pour démarrer dans la vie avec un capital. Et un système de bourses et de prêts beaucoup plus ambitieux et beaucoup plus généreux pour financer les études des jeunes de plus de dix-huit ans. Je suis très favorable à ces propositions, qui prolongent les mesures que j'ai prises pour l'égalité des chances. Les jeunes ont été les perdants des trente dernières années. Donnons-leur les moyens de voir l'avenir avec confiance.

Comment analysez-vous votre échec sur le CPE ? C'était sans doute prématuré. Mais où sont aujourd'hui les solutions au chômage des jeunes ?

Le contrat de travail unique est-il une solution pour assouplir le marché du travail ? Simplifier les contrats de travail, c'est une bonne orientation. Mais il faut tenir compte aussi de la diversité des différents secteurs. Une fois encore, soyons pragmatiques. 

Après l'élection, faudra-t-il agir vite, en cent jours par exemple, ou avancer prudemment, par expérimentation ? Les deux. Il faut des résultats rapides pour crédibiliser l'action, mais, dans des domaines sensibles, il est sage d'agir par l'expérimentation. 

Je voudrais en venir aux deux défis de long terme que nous avons à relever. Le premier est celui du désendettement. En 2006, nous avons réussi avec Thierry Breton à diminuer le poids de l'endettement. Cette action sera poursuivie en 2007. Nous pouvons équilibrer les finances publiques à la fin de la décennie. L'enjeu, je le répète, est essentiel. Il s'agit de retrouver des marges de manoeuvre afin d'offrir aux Français des services publics plus performants : est-ce qu'on préfère moderniser les urgences hospitalières et les universités pour répondre aux besoins des Français, ou payer les intérêts de la dette ? Il y a un choix à faire.   

Votre objectif pour l'équilibre des finances publiques, c'est 2010. Le reporter à 2012, comme le préconise l'UMP, vous semble-t-il impardonnable ? Il est important de garder ce cap, car une fois qu'on ouvre une brèche, on sait ce qui arrive...

L'autre défi, ce sont les retraites. La réforme de 2003 a remis le système sur de bons rails, mais les problèmes ne sont pas tous réglés. Si nous voulons garantir la pérennité des retraites, soyons clairs avec les Français : il faudra travailler plus longtemps, pour rejoindre l'ensemble des grands pays européens. Nous devons aussi améliorer la lisibilité de notre système : chacun doit savoir précisément combien il va toucher. Enfin, il faut plus de justice et d'égalité. Le rendez-vous de 2008 devra être l'occasion d'aborder, au cas par cas et dans la concertation, la question des régimes spéciaux. Certains métiers qui étaient pénibles autrefois ne le sont plus, d'autres le sont devenus et ne sont pas assez compensés. De ce point de vue, je regrette que la négociation entre les partenaires sociaux sur les métiers pénibles n'ait pas abouti. Pour avancer, je constituerai dans les prochaines semaines la Commission de revalorisation des pensions prévue par la loi de 2003.

François Hollande juge inévitable une hausse de la CSG au lendemain des élections. Et vous ? Non, l'alourdissement des prélèvements sociaux et fiscaux n'est pas la réponse aux problèmes des Français. Le rendez-vous de 2008 ne sera pas une simple clause de revoyure. Les paramètres des régimes devront être réévalués.

Il faudra donc demander plus d'efforts aux Français au cours du prochain quinquennat ? Il s'agit surtout de mobiliser aujourd'hui toutes les énergies qui sont disponibles et qui ne demandent qu'à s'exprimer. L'allongement de la durée de vie change la donne de nos sociétés modernes : ce sera l'un des grands enjeux des années à venir que de faire de la pédagogie sur le rôle et la valeur du travail dans notre société.

Le projet de l'UMP est-il à la hauteur des enjeux que vous dessinez ? Le projet de l'UMP est un bon projet. Il tranche sur les propositions frileuses et datées du Parti socialiste. A nous désormais de l'enrichir pour gagner en 2007. 

Dans ce qui restera de votre passage à Matignon figure le patriotisme économique. S'agit-il d'un interventionnisme conjoncturel ou d'une politique durable ? Avec le patriotisme économique, j'ai dit non au fatalisme. Des entreprises, ce sont d'abord des hommes et des femmes, des traditions, des produits et des innovations à valoriser. Dans mon esprit, il n'est évidemment pas question de construire une ligne Maginot ou d'oublier l'Europe. La France et l'Europe doivent défendre leurs intérêts, rassembler leurs forces comme le font tous les autres grands blocs économiques. Affirmer une volonté politique, c'est être fidèle à l'héritage gaulliste.

On ne peut pas dire que votre politique ait été couronnée de succès. Arcelor est passé aux mains de Mittal... Mais nous avons obtenu des garanties sur la localisation des activités et sur les intérêts des salariés : c'est l'essentiel.

Croyez-vous encore à la fusion Suez-Gaz de France ? Oui. Ce projet industriel a toute sa cohérence. Il est utile pour les salariés, intéressant pour les Français, nécessaire pour notre pays.

Par Avenue de la République
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Jeudi 15 février 2007

L'économiste Patrick Artus renvoie M. Sarkozy et Mme Royal à leur copie

LE MONDE | 14.02.07 | 11h58

Comment définiriez-vous le programme de Ségolène Royal?

Le pacte présidentiel de Mme Royal est surprenant. La candidate commence par dire que, pour relancer la croissance, il faut stimuler la création d'entreprises ou encore soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) et accroître l'efficacité de la dépense publique. On ne peut que souscrire à cette idée, mais rien n'est fait en ce sens dans son programme. Il comporte quelques bonnes mesures, comme l'idée de réserver une part des marchés publics aux PME, de favoriser le cumul emploi-revenu d'inactivité ou de créer un service public de caution, mais il avance aussi des mesures infaisables ou dangereuses, et comporte des trous béants sur la fiscalité, le vieillissement et la protection social vous inspirent ses propositions salariales ?

Le smic à 1500 euros va alourdir de 25 % le coût du travail peu qualifié. Les entreprises préféreront licencier, et nous aurons plusieurs centaines de milliers de chômeurs supplémentaires en deux ans. Plus d'une centaine d'études micro-économiques ont établi que la hausse du smic détruit des emplois non qualifiés. Les ignorer est scandaleux. Quant à l'idée d'une conférence annuelle sur les salaires, qui date des années 1960, c'est précisément ce qu'il ne faut pas faire. Comment voulez-vous mettre autour de la même table de négociations, l'automobile qui se meurt et les entreprises pétrolières qui ne savent pas que faire de leur argent ? Le bon niveau de négociation, c'est la branche.

Faut-il conditionner les aides publiques à l'engagement de ne pas licencier?

 

C'est le type même de mesure qui vise les grands groupes, mais sera sans effet sur eux, et risque de se retourner contre les PME qui ne peuvent pas gérer la localisation de leurs profits, de leurs capacités. La proposition de faire du contrat à durée indéterminée (CDI) la règle risque d'avoir le même effet.

D'une manière générale, certaines des propositions de Mme Royal entrent dans la catégorie du "généreux mais pas possible", par exemple, la revalorisation des petites retraites, sauf à dire qu'on la financera en allongeant la durée de travail et de cotisation des fonctionnaires, et d'autres témoignent d'une méconnaissance des dossiers. Proposer la création de 120000 logements sociaux par an grâce à une incitation au livret A n'a pas de sens. La Caisse des dépôts a un excès de ressources par rapport aux possibilités de construction de logements sociaux. Le problème, c'est le foncier. Quant à la notion de "logement vacant spéculatif", je ne sais pas ce que c'est…

Et comment résumeriez-vous le programme de son principal adversaire?

Il se résume en une phrase : "Je donne du pouvoir d'achat" . Mais Nicolas Sarkozy le fait en multipliant les exonérations fiscales au risque de gâcher l'argent public ou de créer des distorsions néfastes à la croissance et à son renforcement. Il comporte des mesures intéressantes, mais part un peu dans tous les sens sur le terrain fiscal, laisse de côté le problème de la fiscalité personnelle du chef d'entreprise ou des seuils sociaux, pourtant central dans les PME.

L'exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires est-elle de nature à favoriser l'emploi ?

De nombreux secteurs connaissent des difficultés de recrutement. L'ANPE recense 500 000 offres d'emploi non satisfaites. Une enquête du Medef auprès des PME montre que leur difficulté principale sur le chemin de la croissance, c'est le recrutement. Pour ces entreprises, la libéralisation des heures supplémentaires est une excellente chose. Mais pour celles qui recrutent sans difficulté, exonérer les heures supplémentaires de charges et d'impôt revient à privilégier les insiders, les salariés en place. On s'intéresse plus au salaire de ceux qui ont un emploi qu'à l'emploi de ceux qui n'en ont pas.

Que pensez-vous de la quasi-suppression des droits de succession ?

Cette mesure à 5 milliards d'euros n'est pas cohérente avec la volonté de revaloriser le travail. Il faut au contraire maintenir la taxation des successions et réduire l'imposition du travail. Quant au bouclier fiscal à 50 %, pourquoi pas! A condition d'être conscient que c'est une usine à gaz pour ne pas supprimer l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui coûte deux fois en TVA non perçue ce qu'il rapporte.

Les deux programmes comportent-ils des lacunes communes ?

Aucun des deux ne s'intéresse sérieusement à l'université ou à l'école. 100 000 jeunes quittent l'université sans diplôme et 100000 autres en sortent avec un diplôme qui ne permet pas de trouver un emploi. C'est une proportion énorme, plus de 40 % des entrants à l'université. Qui dénonce ce massacre ? Qui parle du contenu de l'enseignement au collège et au lycée ? Qui aborde la question de l'évaluation des enseignants ou celle de l'organisation de la recherche ? Personne. 

Par Avenue de la République
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